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Mère Potel
Mère Potel L'histoire de ces humbles débuts peut se résumer en trois mots : humilité, pauvreté, charité. Les racines de la nouvelle Congrégation furent donc plantées dans le sol fécond des vertus qui sont la vie des Ordres religieux. La maison de la rue Cassette était un véritable Bethléem; on y retrouvait, après les fatigues et les labeurs du jour, toutes les privations ; mais l'amour qui enflammait les âmes, et la charité qui unissait les coeurs, rendaient tout facile et doux. Il n'est pas étonnant que, dans de telles conditions, le travail des Soeurs ait été un réel apostolat. On le comprit bientôt dans le monde, et on les réclama partout où il y avait des malades à soigner et des mourants à préparer au dernier passage. (p.22) Enfin le grand jour arriva où la Providence conduisit au port cette petite phalange d'âmes choisies qui, depuis tant de mois attendaient avec impatience de pouvoir entrer dans la voie de la perfection religieuse. Et voilà que cette voie était ouverte devant elles ; ... Les aspirantes, qui se présentaient à Saint Sulpice, le 24 janvier 1824......(p.32)
Joséphine Potel , âgée de 25 ans, reçut le nom de Soeur Marie Joseph et fut instituée Supérieure générale. Jeanne Letellier , âgée de 23 ans, reçut le nom de Soeur Sainte Anne et fut nommée Assistante. Delphine Fouché , âgée de 23 ans, fut appelée Soeur St François de Sales et choisie comme maîtresse des novices. Victoire Langlois, âgée de 21 ans : Soeur Saint Ignace. Marie Lheureux , âgée de 22ans : Soeur Saint Hyacinthe. Anne Deronel, âgée de 23 ans : Soeur Saint Sulpice. Madeine Galau , âgée de 33 ans : Soeur Saint Jean de Dieu. Virginie Hénon , âgée de 20 ans : Soeur Saint Vincent. Marianne Bouthor , âgée de 26 ans : Soeur Sainte Marthe. Félicité Thirial, âgée de 23 ans : Soeur Saint Camille. Thérèse Moyencourt, âgée de 29 ans, Soeur Sainte Thérèse Madeleine d'Ablincourt , âgée de 22 ans : Soeur Saint Stanislas. (p.34)
Le gouvernement de Mère Potel -
1821 - 1826 Nous savons peu de choses sur la première Supérieure générale, dont les jours étaient déjà comptés, alors qu'elle assumait la lourde responsabilité d'une fondation ; mais le choix fait par Mgr de Quelen nous permet de supposer qu'elle était à la hauteur de cette lourde tâche. Ses anciennes compagnes en religion étaient unanimes à dire qu'elle unissait une grande énergie à une extrême bonté et que son extérieur, plein de distinction et de charmes, répondait à ses qualités morales. (p.37) Une fois régulièrement constituées, les Soeurs quittèrent l'appartement qu'elles occupaient rue Cassette et louèrent une petite maison rue Notre Dame des Champs; elles y étaient plus indépendantes et mieux en mesure de mener la vie de communauté. Les postulantes ne tardèrent pas à se présenter, et la Mère Potel les recevait à bras ouverts; chaque demande d'admission lui arrachait des larmes de joie, auxquelles s'ajoutait, il faut bien le dire, ce cri d'angoisse : "Mes pauvres enfants, je n'ai pas de lits pour vous coucher !" (p. 37) C'est qu' en effet, la communauté était dans un complet dénuement; mais, quand on aspire à faire voeu de pauvreté, on ne s'arrête pas à une objection de ce genre; aussi, nos pauvres volontaires s'étendaient-elles joyeusement par terre sur des matelas. Tout était à l'avenant, et souvent on manquait du nécessaire; ainsi, quand une Soeur rentrait, après avoir fait son service de garde, elle quittait sa robe pour la céder à celle de ses compagnes qui s'apprêtait à partir. Et, détail éloquent, après les pénibles travaux du jour, on se contentait le soir, pour toute nourriture, d'une grosse panade et d'une pomme ou de quelques noix. Ces privations étaient acceptées généreusement par les saintes filles, qui restaient encore tout embaumées du parfum de leur élection. (p. 38) Les épreuves matérielles étaient, du reste, relativement peu de choses en comparaison des contradictions qui - malgré l'accueil fait aux Soeurs dans les familles et l'estime dont elles jouissaient - leur furent suscitées par les sages et les prudents du siècle., lesquels, jugeant l'oeuvre entreprise inopportune, lui créaient mille entraves. (p. 38) Cependant, en dépit des courants contraires, la communauté s'était agrandie visiblement à la fin de la première année et comptait une trentaine de membres, tant postulantes que novices et professes. Il fallut de nouveau chercher un local plus spacieux; on le trouva rue Cassette, n? 7. Les dispositions de cette maison permirent aussi d'installer une chapelle intérieure, dont Mgr de Quelen s'empressa d'autoriser l'ouverture, et qui fut desservie par les Pères des Missions étrangères. Ce fut une grande grâce pour les Soeurs de pouvoir, à toute heure du jour, chercher lumière et consolation dans cet oratoire; si près des sources de la vie, comment auraient-elles manqué de force et de fidélité ? Durant cette première année, leur grand réconfort furent aussi la sympathie, le dévouement, l'appui qu'elles trouvèrent auprès de M.de Pierre et de Mr l'abbé Desjardins. (p. 38) Ce fut lui qui soutint la Mère Potel durant son court, mais douloureux calvaire, et, grâce à lui, elle put mourir en paix, sachant que ses filles me seraient point abandonnées. Ce fut lui encore qui discerna les éminentes qualités de la Mère Geay et dirigea ses premiers pas dans une voie hérissée d'épines.. (p. 38) De fait, une épreuve écrasante ne tarda pas à fondre sur la Congrégation. La Mère Potel, si vaillante et si généreuse, sentit peu à peu ses forces diminuer et, malgré le dévouement du docteur Récamier, malgré les soins éclairés qui lui furent prodigués, elle dut bientôt se rendre à l'évidence et reconnaître qu'elle était atteinte d'une maladie de poitrine, dont l'issue fatale était certaine. Ses filles attribuèrent sa fin prématurée à l'excès de ses privations et aux mortifications qu'elle s'était imposées, pour le succès de son oeuvre, et qui l'avaient épuisée avant l'âge. (p.41) On peut sans peine se figurer la douleur poignante de cette âme, qui s'était si généreusement donnée à Dieu, quand elle comprit le sacrifice qui allait lui être demandé. Tout ce qu'elle avait rêvé s'effondrait sous ses pas. Qu'allait devenir la Congrégation naissante? Quel serait son avenir? Et puis, dans le présent, quelles responsabilités ! Paralysée par la maladie, comment la révérende Mère pourrait-elle tenir les rênes du gouvernement et prémunir ses filles contre le relâchement? Toutes ces pensées torturaient le coeur de la pauvre religieuse, et sa seule force résidait dans des actes répétés de soumission complète à la volonté de Dieu. (p. 41) Grande épreuve pour Mère Potel - deux des premières professes quittèrent la communauté. Cette défection, qui rappelle celle du jeune homme de l'Evangile, que jésus regarda sans pouvoir le retenir, ne fit que resserrer les liens des Soeurs restées fidèles. (p. 44) Une bien douce consolation à cette peine si grande fut donnée à la vénérée Mère durant cette année 1825. Nous avons déjà dit que, même avant d'être régulièrement constituées, les Soeurs gardes-malades avaient été sollicitées de plusieurs côtés d'établir des maisons en province. Une demande de ce genre se renouvela après la profession des Soeurs, et la Mère Potel crut, cette fois, devoir la prendre en considération; elle était faite par une pieuse et noble chrétienne de Lille, Mme la comtesse d'Espel. (p.44) La Supérieure générale eut donc, au milieu de ses tribulations, l'immense consolation de constater que le divin Maître daignait réclamer les services de ses filles, non seulement pour le soulagement des malades, mais encore pour l'instruction des enfants, cette partie la plus chère de son troupeau. La municipalité de Lille ne voulut, en effet, accepter la fondation des Soeurs Gardes des-malades qu'à la condition qu'elles se chargeraient aussi de plusieurs classes gratuites... (p.44) Les conditions imposées par le Conseil municipal ayant été acceptées, quatre Soeurs, choisies avec discernement par la Mère Potel, se rendirent à Lille pour faire l'oeuvre demandée. Ce fut le premier rameau détaché de l'arbre, il devait produire des fruits abondants. (p.45) Les religieuses, appelées à cette fondation, y trouvèrent la pauvreté de la Maison Mère, et purent mettre largement en pratique la mortification dont la Mère Potel leur avait donné l'exemple et l'habitude. (p. 45) Les forces de la Supérieure générale déclinaient de plus en plus ; elle voyait approcher sa fin avec calme, mais l'inquiétude sur l'avenir de l'oeuvre la consumait . M. Desjardins, malgré ses nombreuses occupations, venait fort souvent la visiter, et un jour - c'était au printemps de 1826 - tandis qu'elle épanchait sa peine dans le coeur du vénérable prêtre, celui-ci fut inspiré de lui demander si elle ne voyait personne parmi ses filles qui fût en mesure de la remplacer. (p.46) Mère Potel, qui avait la clairvoyance des coeurs purs, lui avoua qu'un seul des membres de la communauté lui paraissait capable de porter le lourd fardeau de la supériorité, et encore c'était une jeune Soeur qui n'avait pas terminé son Noviciat. Il s'agissait de Marie Angélique Geay en religion Soeur Saint Antoine. M. Desjardins avait déjà eu l'occasion de constater les aptitudes de cette novice, car, dans les derniers mois de l'année 1825, il lui avait confié une délicate mission. Elle avait dû se rendre à Montmorillon pour y constituer régulièrement une communauté, ou ramener à la Maison Mère, quelques Soeurs qu'on avait cru pouvoir envoyer en fondation dans cette ville, sur la demande de personnes plus zélées que prudentes. (p. 46) La Soeur Saint Antoine fit preuve, en cette occasion, d'une sagesse et d'une charité qui ne manquèrent pas de frapper M. Desjardins; il fut ainsi à même d'apprécier les qualités de la jeune Soeur, en même temps que la piété et le zèle qui remplissaient son âme,. Avec le tact exquis qui le caractérisait, il comprit que la Mère Potel ne se trompait pas dans son jugement sur Soeur Saint Antoine. Il se ménagea donc un entretien avec cette dernière, et, s'étant assuré que ses dispositions intérieures répondaient aux facultés de son esprit, il lui dit, sans autre préambule : "Ma Soeur, vous allez vous mettre en retraite car vous prononcerez vos voeux dans huit jours. Préparez-vous à être nommée Supérieure." (p. 47) Dans la paix d'un entier acquiescement la Soeur Saint Antoine commença et termina sa retraite, et, le 5 mai 1826, elle prononça ses Voeux. Mais sa profession ne donna pas lieu à une de ces solennités qui ressemblent à un triomphe et dont les splendeurs allègent le sacrifice. L'affliction présida à ce festin de noces, et il n'y eut que des pleurs pour fêter l'entrée de la Mère Geay dans la phalange des vierges , car la Mère Potel s'éteignait, et le lendemain, 6 mai, elle rendit doucement son âme à Dieu, après avoir offert sa vie pour l'oeuvre à laquelle elle s'était consacrée. (p. 50) Nous n'avons pu nous procurer de détails sur ses derniers moments, les écrits concernant les premières années de la Congrégation ayant disparu au milieu des bouleversements politiques survenus depuis. Pour rendre hommage à la mémoire de la première Supérieure générale du Bon Secours, nous ne pouvons que transcrire ce que nous écrivait naguère la révérende Mère Marie Joseph, qui, actuellement, détient si dignement ce poste : " La bonne Mère Potel fut comme la victime placée à la base de l'Institut et devant lui assurer son existence par un holocauste prématuré." (p. 50) Les pauvres Soeurs, qui avaient reçu son dernier soupir, le sentaient, le comprenaient et, tout éplorées, ne sachant comment révérer dignement leur première Mère, elles lui rendirent un naïf et touchant hommage: Après l'avoir revêtue de son costume religieux, elles la placèrent dans un fauteuil de paille et l'exposèrent dans le choeur de leur modeste oratoire. Ce souvenir est resté vivant au Bon Secours, et à l'élection d'une nouvelle Supérieure générale, c'est assise dans ce petit fauteuil que la révérende Mère reçoit l'hommage de ses Soeurs. (p. 51) La dépouille mortelle de la Mère Potel fut inhumée au cimetière Montparnasse le 9 mai, et, le même jour, Mgr de Quelen déléguait MM. Desjardins et de Pierre pour nommer, en son nom, la Soeur Marie Angélique Geay supérieure générale des Soeurs du Bon Secours. Selon le désir de l'archevêque, on ne recueillit point, pour cette élection, les suffrages des Soeurs dont le nombre était à cette heure, de vingt-huit professes et dix novices. Conformément aux statuts, la Soeur Geay prit le nom de Mère Marie Joseph, nom que porteront dans la suite toutes les Supérieures générales. (p. 51) Mais il nous faut dire quelle était cette épreuve qui vint si tôt accabler la Mère Geay. Durant le temps, très court, de son gouvernement, la Mère Potel avait réussi, par un prodige d'économie, et grâce à la générosité de quelques bienfaiteurs, à acquérir la maison de la rue Cassette, et, pour éviter toute difficulté dans l'avenir, elle avait deux mois avant sa mort, fait un testament olographe, par lequel elle instituait Angélique Geay et Jeanne Letellier pour ses légataires universels.
Prière à Mère Potel Obtenez-nous la fidélité à la grâce puisée dans une prière instante et confiante, afin de pouvoir vous suivre dans l'amour, la compassion et la justice. Obtenez-nous votre esprit de générosité, d'oubli de vous-même, de charité, de douceur et d'exquise bonté, pour vivre à votre exemple et à celui des Soeurs qui nous ont précédées. Chère Mère Potel pensez à nous et intercédez pour nous le Père et Créateur de toutes choses : que nous soyons de plus en plus unies dans la Congrégation; que nous puissions avoir la force et le courage de marcher dans la voie de la compassion en accord avec Sa Volonté, dans notre engagement au charisme et à la mission du Bon Secours.
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